Falloir (verbe, v. impersonnel)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
( il faut ; il fallait ; il fallut ; il faudra ; il faudrait ; qu'il faille ; qu'il fallût ; il a fallu ). XII e siècle. Réfection de faillir, pris au sens de « manquer », sur le modèle de valoir.
1. Manquer, faire défaut et, par ext., être nécessaire. Il faut, dans ce service, une nouvelle secrétaire. Il lui faut un habit neuf. Il lui fallait cinquante mille francs. Que leur faut-il encore ? Combien de temps vous faut-il ? Il nous faudra trois jours. Il faut moins de vingt minutes pour se rendre à la gare. C'est plus qu'il n'en faut. Au conditionnel, par atténuation. Il lui faudrait des souliers neufs. Il faudrait de la pluie.
2. Être obligatoire, indispensable. Il faut faire ce qu'on vous dit. Il faudra en passer par là. Il faut un visa pour entrer dans ce pays. Le moment est venu, il faut nous séparer. Faut-il croire tout ce qu'il dit ? Il faut voir ce que cela deviendra ou, ellipt. et fam., Il faut voir.
3. Exprime une obligation morale ou un conseil. Il faut respecter la vie d'autrui. Il faut être patient. Il faudrait savoir reconnaître ses torts. C'est un livre qu'il faut avoir lu. Par affaibl. et exclam. Il faut l'entendre raconter cette histoire ! Il fallait voir comme elle leur tenait tête ! Expr. proverbiales. Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même. Il faut souffrir pour être belle. Fam. Il faut ce qu'il faut. Titres célèbres : Il ne faut jurer de rien (1836), Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée (1845), comédies d'Alfred de Musset.
4. Convenir. Ce n'est pas le climat qu'il vous faut. Il parle plus qu'il ne faut. Avec l'habit, il faut porter une cravate blanche. Loc. fam. Comme il faut. Parler comme il faut, comme il convient, correctement. Une personne comme il faut, honnête, de bonne compagnie. Elle fréquente des gens comme il faut. C'est un homme très comme il faut.
5. Introduit une supposition, exprime une surprise amusée, indignée ou apitoyée. Il faut être fou, qu'il soit fou pour courir tant de risques. Il fallait être aveugle pour ne pas s'en apercevoir. Exclam. Faut-il être bête, tout de même ! Il faut toujours que vous lui trouviez des excuses ! Loc. conj. Encore faut-il que, se dit pour introduire une condition malgré tout nécessaire. Il est prêt à vous aider, encore faut-il que vous le lui demandiez.
6. Pron. S'en
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| v. impersonnel |
("Il faut, il fallait, il fallut, il a fallu, il faudra, qu'il faille, qu'il fallût.") . Être de nécessité, de devoir, d'obligation, de bienséance. "Il faut faire telle chose. Il faut que je parte demain. Il fallut en passer par là. Il faudrait s'en informer. Pensez- vous qu'il faille croire tout ce qu'il dit? Je ne croyais pas qu'il fallût faire ce voyage. Elle parle plus qu'il ne faut. Il va
Fam., "Un homme, une personne comme il faut," Un homme, une personne d'un rang distingué, de bonne éducation, de bonnes manières. "C'est un homme très comme il faut. Ne fréquenter que des gens comme il faut."
"Encore faut-il que..." Il est du moins nécessaire, malgré tout, que...
Fam., "Il faut voir," Il est curieux, intéressant de voir. "Il faut voir ce que cela deviendra." On le rejette quelquefois à la fin de la phrase, en manière d'exclamation. "On les bat, il faut voir! Ces gens nous reçoivent, il faut voir!" On dit, dans un sens analogue, "Aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent; aussi faut-il voir comme on l'a traité!"
"C'est ce qu'il faut voir," se dit pour faire entendre que l'on saura mettre des empêchements à ce qu'une personne projette de faire. "Il veut me faire ôter mon emploi : c'est ce qu'il faudra voir."
FALLOIR se dit aussi de Ce dont on a besoin. "Il lui fallait cent francs. Il lui faut un habit. Que lui faut-il encore? il n'est jamais satisfait, il ne sait ce qu'il lui faut. J'ai l'homme qu'il vous faut, ce qu'il vous faut. Ce sont de ces gens comme il en faut dans une réunion."
Il se dit particulièrement, dans une administration, de Ce qu'on doit donner d'argent à quelqu'un pour un prix, pour un salaire. "Combien vous faut-il pour votre journée? Que vous faut-il pour votre peine? Il dit qu'il lui faut tant. Il demande plus qu'il ne lui faut."
S'EN FALLOIR signifie Manquer. Il se conjugue avec l'auxiliaire "Être. Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet. Il s'en faut beaucoup que l'un ait le mérite de l'autre. Il s'en faut de moitié que ce vase ne soit plein. Il s'en fallait peu qu'il n'eût achevé. Il s'en est peu fallu qu'il n'ait été tué. Il ne s'en est presque rien fallu. Peu s'en est fallu que je ne vinsse. Il a fini son travail ou peu s'en faut. Il s'en faut de dix francs que la somme entière n'y soit."
TANT S'EN FAUT QUE, Bien loin que. "Tant s'en faut qu'il y consente, au contraire il fera tout pour l'empêcher." Elliptiquement, "Je ne suis pas de votre avis, tant s'en faut."
Dictionnaire d'Emile Littré
1 Faire besoin (le sens étymologique de
LA FONT.: « Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton »
ROLLIN: « Il fallait un Aristote pour un Alexandre »
BUFF.: « Pour le petit nombre de ceux dont la tête est ferme, le goût délicat et le sens exquis, et qui comme vous, messieurs, comptent pour peu le ton, les gestes et le vain son des mots, il faut des choses, des pensées, des raisons »
BUFF.: « Il a fallu vingt mille ans pour la retraite des eaux, qui d'abord étaient élevées de deux mille toises au-dessus du niveau de nos mers actuelles »
A. CHÉN.: « Il me faut qui m'estime, il me faut des amis à qui dans mes secrets tout accès soit permis »
LAMART.: « ....Dieu cruel, fallait-il nos supplices Pour ta félicité ? »
2 Il se dit de l'argent à donner pour achat d'une marchandise, pour prix d'un salaire. Combien vous faut-il pour votre marchandise, pour votre peine ?
3 Employé avec le pronom personnel se et précédé de la particule en, ce verbe indique une différence en moins. En cet emploi, c'est un verbe neutre réfléchi, comme s'enfuir, et il se conjugue comme les verbes réfléchis, c'est-à-dire avec le verbe être.
Dict. de l'Acad.: Vous dites qu'il s'en faut tant que la somme y soit ; il ne peut s'en
MALH.: « La Valteline est toute à nous ; et, s'il s'en faut quelque chose, ce n'est qu'un fort qui n'est pas meilleur que les autres qui se sont rendus »
CORN.: « La maîtresse du monde ! ah ! vous me feriez peur S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon coeur »
MOL.: « Vous ne les auriez pas, s'il s'en fallait un double »
SÉV.: « Pour moi, j'ai vu des moments où il ne s'en fallait rien que la fortune ne me mît dans la plus agréable situation du monde »
VOLT.: « J'ai été sur le point, ces jours passés, de mourir ; il ne s'en est pas fallu l'épaisseur d'un cheveu »
Le compte n'y est pas, il s'en faut cent sous, la différence en moins est de cent sous.
On le dit aussi avec la préposition de.
VOLT.: « Il ne s'en est fallu que d'un moment »
Cette construction, il ne s'en est pas fallu l'épaisseur d'un cheveu, s'explique ainsi : il, sujet indéterminé, c'est-à-dire l'épaisseur d'un cheveu, ne s'en est pas fallu. On dirait aussi : il ne s'en est pas fallu de l'épaisseur d'un cheveu ; mais alors l'explication grammaticale est différente : il s'en faut se dit absolument pour signifier il y a une différence en moins ; et de l'épaisseur d'un cheveu devient une locution adverbiale qui modifie il s'en faut.
Il se construit avec que et le subjonctif.
Dict. de l'Acad.: Il s'en fallait qu'il n'eût achevé
ib.: Il s'en faut peu de chose que cela n'aille
4 Il s'en faut beaucoup, il s'en faut bien, la différence en moins est grande.
Dict. de l'Acad.: Il s'en faut beaucoup qu'il ait satisfait l'attente du public Il s'en faut beaucoup que l'un ait autant de mérite que l'autre. Il ne s'en est pas beaucoup fallu qu'il fût tué.
RAC.: « Je puis vous assurer qu'il s'en faut bien qu'on y meure de faim »
FÉN.: « Cet homme paraît faire tout ce qu'il veut, mais il s'en faut bien qu'il le fasse »
CHATEAUBR.: « Tous les hôtes d'Ibrahim n'étaient pas riches ; il s'en fallait beaucoup »
On dit aussi : beaucoup s'en faut.
RÉGNIER: « L'abbaye.... ne vaut pas beaucoup s'en faut Les deux mille francs qu'il me faut »
Il s'en faut de beaucoup (voy. c1-dessus l'explication de cette construction), se dit surtout pour exprimer une différence en moins de quantité.
Dict. de l'Acad.: S'en faut-il de beaucoup que la somme soit complète ? Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet
ib.: Vous voilà bien arriéré, il s'en faut de beaucoup que votre tâche soit aussi avancée qu'elle devrait l'être
VOLT.: « Ce prince, comme on l'a dit, n'avait pas regagné tout son royaume par l'épée ; il s'en fallait de beaucoup »
Avec ne surabondant.
HAMILT.: « Il s'en faut beaucoup qu'elle ne soit aussi merveilleuse qu'on se l'imagine »
FONTEN.: « Il s'en fallait beaucoup que tout ne fût fait »
FONTEN.: « Il n'a rien mis du sien dans sa réputation que son mérite, et communément il s'en faut beaucoup que ce ne soit assez »
MASS.: « Il s'en faut bien qu'ils ne fussent tous agréables à Dieu »
Dans cette construction le mieux est de ne pas mettre ne.
5 Il ne s'en faut guère, la différence n'est pas grande. Il ne s'en est guère fallu que je ne fusse trompé par son air de candeur.
SÉV.: « Pour les moines, je ne pensais pas tout à fait comme eux ; mais il ne s'en fallait guère ; vous m'avez fait plaisir de me désabuser »
On le dit aussi avec de.
Dict. de l'Acad.: Il ne s'en faut de guère que ce vase ne soit plein
6 Il s'en faut peu, peu s'en faut, la différence en moins est petite, locution qui a pris le sens de presque. Peu s'en est fallu que je ne vinsse.
BALZ.: « Peu s'en faut que vous n'ayez engraissé un étique »
CORN.: « Aussi le reçoit-il [le coup] peu s'en faut sans défense »
LA FONT.: « Peu s'en fallut que le soleil Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide »
MOL.: « Peu s'en faut que d'amour la pauvrette ne meure »
BOILEAU: « Un discours que rien ne lie et n'embarrasse, marche et coule de soi-même, et il s'en faut peu qu'il n'aille quelquefois plus vite que la pensée même de l'orateur »
RAC.: « Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée Vous laissait à ses pieds peu s'en faut prosternée ! »
RAC.: « Peu s'en faut que Mathan ne m'ait nommé son père »
FÉN.: « Peu s'en fallut qu'il n'interrompît Mentor »
Il s'en faut de peu, s'emploie quand il s'agit d'une différence en quantité.
Dict. de l'Acad.: Il s'en faut de peu que ce vase ne soit plein
7 Être de nécessité, de devoir, d'obligation (parce que avoir ce qui manque devient une nécessité). Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. Il vous faudra faire ce voyage.
CORN.: « Eh bien ! vous le voulez, il faut vous satisfaire, Il faut affranchir Rome, il faut venger un père, Il faut sur un tyran porter de justes coups »
MASS.: « Et pour la voir tomber [l'âme tiède], il ne faut pas même la voir attaquée »
MASS.: « Il faut être utile aux hommes pour être grand dans l'opinion des hommes »
Avec que il veut le subjonctif.
CORN.: « Il faut bien que je pleure ; Mon insensible amant ordonne que je meure »
RAC.: « Faut-il que je dérobe avec mille détours Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours ? »
En ce sens il est peu usité, non inusité, à l'infinitif. Il va
AL. DUMAS: « Mais sentir dans son sein que le fer veut ouvrir, Une âme ardente à vivre, et puis
Il, dans le langage familier, peut se supprimer.
VOLT.: « Allons, mon fils, marchons : fallut se rendre, Fallut partir.... »
Faut-il ? fallait-il ? etc. s'emploie pour exprimer un regret.
RAC.: « Fallait-il qu'il entreprît ce fatal voyage ? Faut-il m'être engagé dans cette affaire ? Faut-il voir tant de misère ? Faut-il que sur le front d'un profane adultère Brille de la vertu le sacré caractère ! »
VOLT.: « Faut-il que de tes mains le plus parfait ouvrage à son Dieu qu'il adore offre un coupable hommage ! »
Il faut voir, il est nécessaire de voir, il faut examiner. Avant de se prononcer il faut voir.
Familièrement. Il faut voir, il est curieux, intéressant de voir. Il faut voir ce que cela deviendra.
Il faut voir se rejette quelquefois à la fin du membre de phrase, en forme d'exclamation. On les battit, il faut voir !
On dit dans un sens analogue : aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent, aussi faut-il voir comme on l'a traité.
C'est ce qu'il faudra voir, se dit pour répondre à une folle menace. Il dit qu'il m'empêchera de passer, c'est ce qu'il faudra voir.
Dans le XVIIe siècle, quand
CORN.: « Il s'est fallu passer à cette bagatelle ; Alors que le temps presse, on n'a pas à choisir Cette construction pourrait très bien s'employer encore. »
Un faire le faut, voy. ce mot composé à son rang alphabétique.
8 Il s'emploie avec ellipse du verbe qui précède. Parler plus qu'il ne faut.
VOLT.: « Ne dire que ce qu'il faut, et de la manière dont il le faut est, ce me semble, un mérite dont les Français, si vous m'en exceptez, ont plus approché que les écrivains des autres pays »
Il le faut, cela est nécessaire.
LA FONT.: « D'éveiller ces amants, il ne le fallait pas »
STAËL: « Il faut avoir pitié de l'amour que vous m'avez inspiré ; il le faut »
9 Comme il faut, comme il convient.
CORN.: « Pour aimer comme il faut, il faut pour ce qu'on aime Embrasser l'amertume et la dureté même »
LA FONT.: « Rien ne la contentait, rien n'était comme il faut »
LA FONT.: « Quand on prend comme il faut cet accident fatal »
MOL.: « Je suis de retour dans un moment ; que l'on ait bien soin du logis, et que tout aille comme il faut »
10 Un homme comme il faut (on prononce ko-mi-fô), homme de bon ton, de bonne compagnie. Les gens comme il faut. C'est une femme tout à fait comme il faut.
Dict. de l'Acad.: C'est un homme très comme il faut
PICARD: « Elle a l'air très comme il faut, elle n'a rien marchandé »
Dans le langage des tailleurs et des modistes, un vêtement comme il faut, un vêtement de bon ton, bien porté.
Il ne faut pas confondre comme il faut, avec comme il en faut, qui signifie, en parlant de personnes ou de choses, comme la personne ou la chose est nécessaire. Voilà un homme comme il en faut [pour tel ou tel emploi]. Et par plaisanterie : Ce n'est pas une femme comme il faut, c'est une femme comme il en faut.
11 Si faut-il que, encore faut-il que, loc. conj. signifiant il est nécessaire, malgré tout, que.... Je veux bien le croire innocent, si faut-il qu'il s'explique. Encore faut-il que je sache à quoi m'en tenir.
12 Tant s'en faut que, loc. conj. Bien loin que. Tant s'en faut qu'il consente, qu'au contraire il fera tout pour l'empêcher.
VOIT.: « Et tant s'en faut que les vents aient emporté ma promesse, ils m'ont donné lieu de la tenir »
Familièrement. Tant s'en faut qu'au contraire, s'emploie quelquefois par plaisanterie pour dire simplement au contraire.
Dict. de l'Acad.: Vous demandez si cette femme est jolie, tant s'en faut qu'au contraire C'est une phrase elliptique : Tant s'en faut qu'elle soit jolie, qu'au contraire elle est laide.
13 C'est pour son nez, il lui en faut, se dit par ironie pour marquer qu'il ne mérite pas d'avoir ce qu'il demande.
14 Molière a employé le participe présent fallant : Mais lui fallant un pic, je sortis hors d'effroi, les Fâch. II, 2 ; ce qui pourrait très bien être imité à l'occasion.
REMARQUE
1. Il s'en faut exprime dans toute sa conjugaison une absence, une privation dont le sens négatif se porte sur la proposition subordonnée. Alors, quand ce verbe n'est accompagné ni d'une négation, ni de quelque mot qui ait un sens négatif, tel que peu, presque, rien, etc. la proposition subordonnée ne prend pas la négative ne : Il s'en faut de beaucoup que la somme y soit ; Il s'en faut bien que tous les hommes soient de ce caractère. Mais, lorsque il s'en faut est accompagné d'une négation ou de quelqu'un des mots qui ont un sens négatif, ou bien encore si la phrase marque interrogation ou doute, la proposition subordonnée prend la négative ne : Il ne s'en faut pas de beaucoup que la somme n'y soit ; Il s'en faut peu que l'un n'ait autant de mérite que l'autre ; Peu s'en fallait qu'on ne m'abandonnât ; Il s'en faut peu qu'il ne soit le dernier ; Combien s'en faut-il que la somme n'y soit ? S'en faut-il beaucoup que la somme n'y soit ? GIRAULT-DUVIVIER.
2. Que de travaux il a fallu pour l'achever, et non fallus ! Il a fallu des travaux équivaut à : des travaux ont fallu, c'est-à-dire ont fait besoin. Mais comme
3. S'en
HISTORIQUE
XIIIème siècle
Psautier, f° 171: Petit s'en faut que mes cuers [mon coeur] ne se desment [déconcerte] de corroux
ib. f° 86: Li mien pié sunt meü, ne s'en falut guieres, à pechié faire
BEAUMANOIR: « Noz avons parlé de le [la] division des quemins, parce que noz regardons qu'il sont, ne s'en faut gaires, tout corrumpu par le [la] convoitise de cix [ceux qui y marcissent [qui y sont limitrophes] »
XVème siècle
Jeh. de Saintré, ch. 38: Il ne faut pas demander si Saintré fut du roy et de la royne très grandement loué
ib.: À bien peu s'en faillit qu'elle ne se pasma ; et fust à l'envers tombée, se elle ne se feust bientost levée
BASSELIN: « Un coq d'Inde sa gorge à toi semblable porte ; Combien de riches gens N'ont pas si riche nez ! pour te peindre en la sorte, Il faut beaucoup de temps »
XVIème siècle
RABEL.: « Et ne se fauldra plus doresnavant trouver en place ny en compaignye qui ne sera bien expoly en l'officine de Minerve »
RABEL.: « ....Tant s'en fault que il les voulsist assaillir, ou leurs estudes distraire »
CALV.: « Dont il appert qu'en ce temps là ceste opinion a esté rejettée : de dire qu'il fausist [fallût] par satisfaction recompenser les fautes passées »
MONT.: « Il me faust adjouster cet aultre exemple »
MONT.: « Il s'en fault tant que je sois arrivé à ce degré d'excellence, que... »
MONT.: « Le temps qu'il lui falloit à.... »
ÉTYMOLOGIE
Falloir est le même que faillir (voy. ce mot), n'en différant que par la conjugaison.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE FALLOIR.
7 Ajoutez :
Absolument.
J. J. ROUSS.: « Tout le mal vient d'avoir pris la plume quand il ne fallait pas »
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
("Il faut, il fallait, il fallut, il a fallu, il faudra, il faudrait, qu'il faille, qu'il fallût.") Être de nécessité, de devoir, d'obligation, de bienséance. Dans ce sens, il n'est guère d'usage à l'infinitif. "Il faut faire telle chose. Il faut que je fasse telle chose. Il faut voir le monde pour se former. Il fallait dès ce moment y donner ordre. Il a fallu le payer. Il faudra le satisfaire. Il fallut en passer par là. Il faudrait s'en informer. Pensez-vous qu'il faille croire tout ce qu'il dit? Je ne croyais pas qu'il fallût faire ce voyage. Elle parle plus qu'il ne faut."
Fam., "C'est un faire le faut," C'est une chose qu'il faut absolument faire.
Fam., "Un homme, une personne comme il faut," Un homme, une personne d'un rang distingué. "C'est un homme très comme il faut. Les gens comme il faut ne suivent plus cette mode."
Fam., "Si faut-il, encore faut-il que".... Il est nécessaire, malgré tout, que.... "Si faut-il qu'il s'explique de façon ou d'autre. Si faut-il en être éclairci. Encore faut-il que je sache à quoi m'en tenir." La première de ces locutions a vieilli.
Fam., "Il faut voir," Il est curieux, intéressant de voir. "Il faut voir ce que cela deviendra." On le rejette quelquefois à la fin de la phrase, en manière d'exclamation. "On les battit, il faut voir! Ce sont de fort bonnes gens, et qui nous reçurent, il faut voir!" On dit dans un sens analogue, "Aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent; aussi faut-il voir comme on l'a traité!"
Fam., "C'est ce qu'il faudra voir," se dit Pour faire entendre que l'on saura mettre des empêchements à ce qu'une personne projette de faire. "Il veut me faire ôter mon emploi: c'est ce qu'il faudra voir."
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit aussi De ce dont on a besoin. "Il lui fallait cent francs. Je lui ai prêté ce qu'il lui fallait pour payer ses créanciers. Il lui faut un habit. Il lui fallait un cheval. Que lui faut-il encore? Il est toujours chagrin, il ne sait ce qu'il lui faut. Combien vous faut-il de soldats? J'ai l'homme qu'il vous faut, ce qu'il vous faut. Ce sont de ces gens comme il en faut dans une réunion."
Il se dit, particulièrement, De ce qu'on doit donner d'argent à quelqu'un pour un prix, pour un salaire. "Combien vous faut-il, que vous faut-il pour votre marchandise, pour votre peine? Il dit qu'il lui faut tant. Il demande plus qu'il ne lui faut."
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit encore dans le sens de Manquer; et alors il ne s'emploie qu'avec la particule "En," et le pronom de la troisième personne. Dans ce sens, il se conjugue avec l'auxiliaire. "Être. Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet. Il s'en faut beaucoup que l'un soit du mérite de l'autre. Il s'en faut de peu que ce vase ne soit plein. Il s'en fallait peu qu'il n'eût achevé. Il s'en est peu fallu qu'il n'ait été tué. Il ne s'en est presque rien fallu. Peu s'en est fallu que je ne vinsse. Il a fini son travail, ou peut s'en faut. Vous dites qu'il s'en faut tant que la somme entière n'y soit. Il ne peut pas s'en
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
["Fa-loar".] "Il faut", "il fallait", "il fallut"; "il a fallu", "il faudra", "il faudrait", qu'"il faille", qu'"il fallut". On ne mouille point les "ll". = L'infinitif n'est point usité.
- Ce verbe régit le datif des noms, l'infinitif des aûtres verbes, ou "que" avec le subjonctif. 'On ne sait ce qu'"il lui faut". 'Il "nous faudra" tous "mourir": "il faut qu'"il me "rende" raison. = Il a quelque-fois pour second régime des noms le nominatif. '"Il me faut un louis"; "il me faut de l' "argent, "du" bois, "de l'"eau, etc.
- J'en ai plus qu' "il ne m'en faut~".
Ne croyez point, Madame,
Qu'un mari soit jamais prodigue envers sa femme.
Il lui done à regret, toujours "moins qu'il ne faut",
Et lui fait tout valoir cent fois plus qu' il ne vaut.
"La Chaussée".
Il se dit aussi sans régime: 'Dire tout ce qu'"il faut", et le dire de la meilleur manière, c'est le caractère d' un bon esprit. "Gaichiés". L'Ab. "Girard" marque la diférence entre "il faut" et "il est nécessaire", on "doit". La premiere de ces expressions dénote plus précisément une obligation de complaisance, de coutume, d'intérêt personel. '"Il faut hurler" avec les loups, "il faut suivre" la mode.
- La seconde marque plus particuliérement une obligation essentielle et indispensable. '"Il est nécessaire d'aimer" Dieu, pour être sauvé. '"Il est nécessaire d'être" complaisant pour plaire.
- La troisième, est plus propre à désigner une obligation de raison ou de bienséance. 'On "doit" dans chaque chôse "s'en raporter" aux maîtres de l'art, etc. "Synon."
- On ne doit pas prendre cette distinction à la rigueur.
"Rem." Le peuple retranche assez volontiers le pron. "il". Mde "de Sévigné" raportant les discours des goujats de l'armée dit: 'Nous avons été joliment téméraires: nous n'étions que 7,000 hommes, et nous en avons ataqué 26,000. Aussi "faut voir" comme nous avons été frotés. 'Elle est très posée pour son âge, "faut" lui "rendre" justice. "Th. d'Éduc.". = "Malherbe" répétant ce verbe, retranche le pron. "il" la seconde fois.
"Il faut" ou vous "aimer", ou ne vous "faut" point "voir".
Cette construction est vicieûse, dit "Ménage". On peut bien dire, "il faut ou" vous aimer "ou" ne vous point voir: mais en répétant "faut", on doit aussi répéter "il", et dire, "il faut" vous aimer, ou "il faut" ne vous point voir "Men." Malheureûsement la mesûre du vers ne le permettait pas, et elle a fait comettre cette faûte "à Malherbe", comme elle en a fait comettre tant d'aûtres aux Poètes les plus exacts.
- Anciènement cette supression du pron. "il" était comune.
"Il s'en faut", ainsi que, "peu s'en faut", et "il s'en faut de peu que", régissent le subjonctif, précédé de la particule "ne": '"Il s'en faut" deux pouces "que" vos girandoles "ne descendent" assez bas. "Coyer". '"Peu s' en faut que" son ouvrage "ne soit" achevé: '"Peu s'en est fallu qu'"il "ne soit" tombé. = Quand ce verbe n'est acompagné d'aucun adverbe, ou qu'il est acompagné d'un aûtre adverbe que "peu", les uns retranchent, les aûtres emploient la négative "ne": '"Il s'en faut beaucoup que" son Poème de Roland l'amoureux "ait été" aussi estimé. "La Monn." '"Il s'en faut beaucoup que je ne sois" de son avis. "Ménage". '"Il s'en faut beaucoup que" l' un "soit" du mérite de l'aûtre. "Acad." S'il m' est permis de dire mon sentiment, dit M. "de Wailly", il me semble qu'on doit toujours mettre "ne", quand le verbe est acompagné d'une négation ou de "peu". '"Il s'en faut peu", ou "il ne s'en faut pas beaucoup", ou, "il ne s'en faut presque rien qu' "il "ne soit" aussi grand que son frère. Au contraire, on retrancherait "ne", quand le verbe "il faut" n'aurait ni "peu", ni négation.
- Ce sentiment est très-raisonable et très-conforme au goût et au génie de la Langue.
- L'"Acad." met la négation avec "peu", et ne la met pas avec "beaucoup". = On dit aussi il "s'en faut bien", et quelques Auteurs y mettent la négative. 'Il "s'en faut bien que" votre prédétermination... "ne soit" la Doctrine de St. Augustin. "P. Daniel". * En Provence, on dit, il s'en "faut de bien". C'est un provençalisme qui est échapé à l'Auteur d'un excellent Mémoire "sur le charbon de pierre", couroné par l'"Acad. de Mars". '"Il s'en faut de bien que" toutes les houilles se ressemblent. "Bernard". * Les Gascons disent, "bien s'en faut", pour, "il s'en faut bien". Gasc. Corr. = "Peu s'en faut", doit suivre le tems du verbe qu'il régit. Henri IV écrivait à sa soeur: '"Peu s'en faut que" vous "n'ayez été" mon héritière. On dirait aujourd'hui, "peu s'en est fallu que", etc.
"Tant s'en faut... qu'au contraire", est un tour gaulois et suranné: mais "tant s'en faut", tout seul et à la fin de la phrâse, se dit encôre dans le discours familier. 'Je ne suis pas la plus méritante, "tant s'en faut". Th. d'Educ. "Il s'en faut bien", est plus noble et plus élégant.
On dit familièrement, "si faut-il que", pour, "il faut que". 'Vous avez beau dire, "si faut-il que" je vous "dise" que je suis très-aise, etc.~ = "C'est un faire il le faut" (l'"Acad." retranche "il".) C'est une nécessité. = "Des gens comme il faut", ce qu'on apelle d'honêtes gens, gens au dessus du commun. 'Hortence fit entendre à son Époux qu'on trouvoit mauvais que sa porte fût interdite, que des "gens comme il faut" s'en plaignoient. "Marm." 'Des gens "comme il faut", c'est-à-dire, trop souvent des gens "comme il ne faudrait pas". Linguet.
Emplacement dans le dictionnaire :
| falaiser falbala falcaldine falcinelle falconelle falcorde falère | fallacieusement fallacieux fallue falot falourde falqué | falsifiable falsificateur falsification falsifier falun falunage faluner |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)...qui dormaient dans les faux ponts, comprirent : c'était le commencement des grands vents et des grandes houles ; nous venions d'entrer dans les mauvais parages du sud, au milieu desquels il allait falloir se débattre et marcher quand même. Et plus nous avancions dans cet océan sombre, plus ce grand vent devenait froid, plus cette houle était énorme. Les tombées des nuits devenaient sinistres....
Citation n°2 de Gaston LEROUX (Le Mystère de la chambre jaune)
...sans y avoir rien trouvé de plus que ce que j'y ai vu cette nuit, le bon bout de ma raison m'a montré une chose si formidable que j'ai besoin de me retenir à lui pour ne pas tomber. Ah ! Il va me falloir de la force, cependant, pour découvrir maintenant les traces sensibles qui vont entrer, qui doivent entrer dans le cercle plus large que j'ai dessiné là, entre les deux bosses de mon front ! 30...
Citation n°3 de DESTUTT DE TRACY (Élémens d'idéologie. 3. Logique)
...distincte et indépendante de la nôtre. Il semble au premier coup-d'oeil que cette nouvelle circonstance doit produire de grands changemens dans la manière de procéder de notre esprit ; qu'il va falloir apporter beaucoup de restrictions à notre principe que l'imperfection de nos souvenirs est la seule cause de nos erreurs ; et qu'il y aura une grande différence entre bien enchaîner nos propres...
Citation n°4 de Charles RENOUVIER (Essais de critique générale)
...On y réussit toujours, mais de telle façon que jamais un fait nouveau ne se prévoit et ne se découvre, et que, en revanche, des faits faux et bientôt démentis, des lois mal entendues et qu'il va falloir abandonner, se justifient aussi aisément que les vérités acquises. La philosophie de la nature n'a pas rendu les sciences de la nature inutiles. Elle s'est bornée à généraliser quelques données...
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